Bruxelles, version Art Déco

L’Art Déco est un symbole de modernité. Avec ses espaces épurés et ses volumes grandioses, ce mouvement architectural a connu ses heures de gloire, en 1925, lors de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris. En abandonnant les lignes courbes et sinueuses de l’Art Nouveau, pour aller vers la géométrisation des formes, ce courant a donné naissance à des bâtiments bruxellois emblématiques. L’Art Déco annonce aussi les débuts du modernisme, un esprit nouveau qui portera l’empreinte d’un intérêt plus social. Et dans les années 1980, il a également connu une renaissance  avec la vague postmoderniste…

Traduction | Villas
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En allant à la découverte de notre sélection de cinq lieux, ouverts au public, nous ouvrons le chemin aux promeneurs qui pourront découvrir d’autres façades caractéristiques et imaginer leurs intérieurs plus secrets. Cette année, le BANAD (Brussels Art Nouveau et Art Déco) Festival, du 15 au 30 mars 2025, durant trois week-ends, propose un programme inédit de visites dans différents quartiers de Bruxelles, avec 60 % de lieux Art Déco. Et durant une semaine folle, du 12 au 18 mai, plusieurs bâtiments iconiques réservent de nombreuses surprises. Tenez-vous au courant grâce à la Brussels Art Deco Society qui regroupe les animations de plusieurs acteurs culturels.

Villa Empain Fondation Boghossian

Construite en 1931 et 1934, dans le prestigieux quartier de l’avenue des Nations, cet ancien hôtel particulier, à la manière d’une maison d’apparat, témoigne du désir de son premier propriétaire, le baron Louis Empain d’impressionner la bonne société de l’époque. Réalisation de l’architecte suisse Michel Polak, il accueille aujourd’hui les manifestations culturelles, pilotées par la Fondation Boghossian qui y a installé son siège, en 2010, suite à sa rénovation, débutée en 2008. Elle a été orchestrée par l’architecte Francis Metzger. Le bâtiment a retrouvé son état d’origine. A l’intérieur la noblesse et l’exotisme des matériaux explosent : marbre d’Escalette et Bois Jourdan, panneaux de placage de ronce de Bubinga, bois de palu moiré des Indes, manilkara du Vénézuéla et loupe de noyer, mosaïque bleue conservée dans la salle de bain … ce temple de la modernité affiche un luxe ostentatoire et emprunte aussi, aux arts africains, plusieurs détails de son ornementation. Certains éléments ont été reconstitués à l’identique comme les luminaires de la marquise.

Laetitia Van Hagendoren

A l’extérieur, les murs recouverts de dalles de granit de Baveno, les cornières en laiton doré et les toitures en cuivre, vivent une seconde jeunesse. Derrière la double porte vitrée en bronze, créée par le ferronnier d’art Alfred François, dans immense hall d’entrée, on aperçoit déjà la piscine d’extérieur. Un puits de lumière valorise l’espace. Jusqu’au 25 mai, la villa Empain célèbre cette période charnière de la modernité avec l’exposition Echoes of Art déco, plongeant les visiteurs dans son art de vivre. L’Art déco n’est pas qu’un mouvement architectural, il a influencé tous les domaines de la création et, en particulier, la décoration intérieure. Les ensembliers décorateurs, des années 1930, futurs designers, ont produit du mobilier et des objets, en tous genres. De l’univers du vitrail, en passant par la céramique, le domaine des arts de la table, l’argenterie, jusqu’aux tissus d’ameublement et papiers peints… tous les matériaux et les techniques ont succombé à l’appel de l’Art déco (villaempain.com).

Thibault De Schepper

Un bijou, alliant faste et rigueur, et une rénovation couronnée par deux prix. 

L’Archiduc Bar concert jazz

Près de la Bourse, L’Archiduc a été aménagé sur les plans de l’architecte Franz Van Ruyskensvelde, en 1937. Sa superbe porte d’entrée en fonte est ornée de la lettre : A comme Amour ? Ou faisant référence à Madame Alice, première hôtesse à accueillir les courtiers et leurs secrétaires. C’est Stan Brenders, pionnier du jazz belge, qui en a fait, ensuite, un lieu incontournable, avec son piano installé au rez-de-chaussée. A l’intérieur, la mezzanine circulaire accueille toujours les clients, en soirée, les samedis et dimanche, en fin d’après-midi, pour les concerts. Depuis 1985, les actuels maîtres des lieux, Jean-Louis Hennart et Nathalie Dufour, ont rafraîchi son décor en faisant dessiner de nouvelles appliques lumineuses, dans l’esprit des créations d’Eileen Gray. Elles ont été créées exclusivement pour le lieu, à partir d’un modèle de lampe de table, pour remplacer les anciens luminaires en ferronnerie, témoins de la période tardive de l’Art déco. Tandis que les banquettes sont recouvertes d’un velours rehaussé d’un motif géométrique, en référence à l’artiste Sonia Delaunay, qui aurait servi pour L’Orient-Express (archiduc.com).

Roger Begine

Maison van Buuren Musée & Jardins

A Uccle, l’antre du couple de collectionneurs et mécènes, David et Alice van Buuren, conçu entre 1924 et 1928, par les architectes belges Léon Govaerts et Alexis Van Vaerenbergh, témoigne du style de l’Ecole hollandaise d’Amsterdam et de l’influence française. Les volumes élémentaires, animés par un savant jeu de briques, de sa façade austère ne laissent rien deviner de l’extraordinaire collection, rassemblée par ses premiers propriétaires. A l’époque, l’intérieur, haut en couleurs, a été imaginé par le Studio Dominique, un ensemblier célèbre qui l’a conçu une œuvre d’art totale. Tandis que le parc, d’une superficie de 1,2 hectares, offrant une nature belle en toutes saisons, a été modelé par les paysagistes belges Jules Buyssens puis René Pechère. Son labyrinthe et le jardin de cœur, deux des six éléments pittoresques qui le composent, ont été imaginés par Alice, elle-même. Le verger, la Petite et la Grande Roseraie ont été dessinés en harmonie avec la maison. Visitable toute l’année, l’intérieur, admirablement sauvegardé, abrite un mobilier rare, des pièces d’antiquité, des tapis signés, des vitraux, des sculptures et une collection exceptionnelle de tableaux de maîtres, du XVème au XXème siècle, des œuvres de Kees van Dongen, Constant Permeke et de Gustave van de Woestijne. A l’occasion du 50ème anniversaire de ce musée unique, une grande exposition de sculptures est programmée du 24 avril au 28 septembre 2025. Ici, une année spéciale se profile, aussi, dès le mois de mai, avec des évènements artistiques jalonnés de temps forts, jusqu’en novembre (museumvanbuuren.be)

Thibault De Schepper

Thibault De Schepper

Une demeure privée et envoûtante où le temps s’est arrêté, à la fin des années 1920.

Wiels Centre d’art contemporain

Depuis 2007, le Wiels, s’est glissé dans l’écrin de l’ancienne brasserie Wielemans – Ceuppens. On aperçoit, de l’extérieur, son ancienne salle de brassage, avec ses cuves en cuivre et ses murs recouverts de carrelage. Erigée en 1930, par l’architecte belge Adrien Blomme, cette extension qui accueille, aujourd’hui, le café du musée et sa librairie, a longtemps joué le rôle de repère dans le paysage urbain bruxellois. Déjà dans les travées de l’esprit moderniste… comme l’attestent de nombreux bâtiments de style paquebot (wiels.org).

Andrea Anoni

L’Espérance

Café, brasserie et hôtel

Cet établissement, conçu par Léon Govaerts, en 1930, doit son nom à sa couleur verte dominante. La devanture du bâtiment, situé sur du Finistère, est encadrée de marbre gris et de vitraux géométriques translucides. Le tambour de porte est d’origine. A l’intérieur, un décor quasi intact : vitraux peints dans les tons de bruns, dessinant des paysages lacustres, bar-comptoir, luminaires encastrés dans les boiseries, banquettes bombées… jardinières. Une de six chambres décline le style Art déco. Les portes de service Office, Hôtel, et toilettes avec inscription « Cour », ont été fabriquées par la firme Twyfords. Autrefois maison de rendez-vous galant, l’ambiance est restée feutrée et intimiste. Parfaite pour prendre un verre, en tout bien tout honneur ! (hotel-esperance.be)